Comme nous l'indique le petit livret (la présentation est luxueuse : voici un disque à offrir), et bien que les chorals ne soient conçus à l'origine que pour remplir une fonction liturgique concrète (être chantés dans le temple), il est vrai qu'ils donnèrent lieu à des traditions bien consolidées par la suite. Dans ce sens, l'interprétation de ces oeuvres avec une formation purement instrumentale, un quatuor de violes (dont trois de la fin du XVIIe siècle), constitue une nouvelle approche heureuse de cette musique exceptionnelle.
La version, presque une fantaisie, est riche dans le traitement indépendant des parties instrumentales de la structure polyphonique, dans la pureté sonore et le merveilleux « gonflement » des valeurs longues (qui n'est possible, du moins dans cette mesure, qu'avec des instruments), ainsi que dans les phrasés, les différentes couleurs, éclats et nuances obtenus. Il faut ajouter à cela la participation vocale dans quelques chorals (plages 4, 8, 18, 22 et 26) du Tölzer Knabenchor, encore une tradition, celle des manécanteries, que nous devons plus que jamais sauvegarder. Des voix splendides qui transmettent toute la chaleur et la fraîcheur de l'innocence, malgré leurs imperfections naturel-les : chose que Bach avait toujours à l'esprit, même s'il se plaignait fréquemment du manque de niveau de certains de ses élèves. Je trouve magnifique qu'il existe des versions comme celle-ci, différentes, et surtout si elles sont « possibles » d'un point de vue purement historique. Elle m'a enchanté. ANTONIO EZQUERRO
Le premier enregistrement du Quartetto Italiano di Viole da Gamba, Preludi ai Corali (Winter & Winter, 1999) bénéficie de la participation de membres du Tölzer Knabenchor de Munich. S’étendant à l’intérieur et l’extérieur des limites d’une structure fortement déterminée comme le sont les chorals de Bach (pièces ayant une facture et une utilisation très concrètes), ce CD est une magistrale démonstration d’imagination. On reconnaît clairement l’empreinte de Stefan Winter comme producteur, dans un enregistrement très recommandable qui parvient à équilibrer l’effectif peu fréquent du quatuor de violes de gambe avec la diaphanéité des voix des enfants du chœur allemand. Si dans les duos ce sont l’articulation et les différents caractères cristallisés à partir d’une instrumentation minimale qui explosaient dans ses nuances, ses différences et ses détails prosaïques, dans les Preludi ai Corali le climat est volontairement paisible et dominé par une melos sacrée, éloignée de la quotidienneté séculière. La sonorité du Quartetto se développe à travers une texture fortement bigarrée, proche de la densité d’un orgue, instrument pour lequel ces œuvres furent conçues. EDUARDO NOTRICA